Le web de 3ième génération

(2003.04.17) Propos en regard de l'évolution passée et à venir de nos investissements professionnels (les organisateurs communautaires du RQIIAC) en matière de nouvelles technologies de l'information et des communications. Voir aussi cet autre billet, complémentaire.

Après un début lent et artisanal de 1995 à 1999, un premier investissement significatif dans le développement de notre site web, en 2000 à la faveur du colloque de Montréal, nous permettait de donner une facture un peu plus professionnelle à notre outil de communication : mise en ligne des archives du bulletin; diverses sections accessibles à partir d’un menu commun; répertoire de sites communautaires; mise en place d’une structure capable d’évolution.

Si les outils de gestion de tels sites ont évolué et sont aujourd’hui beaucoup plus faciles d’usage, notre mise à jour demeure encore artisanale. Évidemment, si nous avions un (ou des) permanent(s) qui pouvaient consacrer des heures chaque jour à éplucher les sources d’information et en distiller la quintessence sur notre site… Mais demain n’est pas la veille d’un tel développement : notre réseau est condamné à l’humilité. À moins que…

Des expériences limitées

Parallèlement au développement de notre site web nous avons depuis toujours maintenu d’autres outils, dont au premier chef, une liste de discussion. Bien que le réflexe d’utilisation de cette liste se développe peu à peu, on ne peut dire qu’elle soit un haut lieu de réflexions et de débats : on s’en sert plus comme liste de diffusion (de communiqué de presse, d’appels à l’aide) que de discussion. Ce qui est peut-être normal, étant donné le nombre relativement limité des abonnés (environ 200) à cette liste, pour l’éventail de sujets et d’intérêts couvert. La « masse critique » n’est sans doute pas atteinte pour faire lever des discussions à la fois suffisamment pointues pour être pertinentes tout en étant d’intérêt général.

Nous avons aussi expérimenté à plusieurs reprises divers types de forums et autres mécanismes de discussion en ligne permettant d’approfondir un sujet, de commenter un texte sans nécessairement diffuser l’information à tout le monde… La participation à ces expériences fut encore plus limitée. Mais consolons-nous : de tels forums, soutenus par des moyens autrement plus vigoureux que les nôtres, n’ont pas été jusqu’ici de véritables succès. Je pense entre autres, à celui sur la Promotion de la santé, ou encore celui mis en place par le Conseil de la santé et du bien-être.

Une autre raison de se consoler des limites évidentes de ces diverses expériences : le cheminement d’appropriation des nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC) fut peut-être lent, mais il est réel. Si les intervenants n’ont pas encore tous leur ordinateur au travail et leur compte Lotus… cela ne saurait tarder : nous avons depuis longtemps dépassé le point critique où une telle situation est vue comme une anomalie. Oui, certainement des « poches de résistance » existent encore et nous contribuerons à les réduire à mesure que ceux et celles qui utilisent les NTIC, de plus en plus nombreux et devenus « la norme », démontreront non seulement l’intérêt mais le caractère incontournable de ces outils.

Enfin les développements récents (depuis 1-2 ans) sont aussi porteurs d’espoir en ce que la facilité d’usage des logiciels et leur interopérabilité deviennent évidents : le jour n’est pas loin où nous pourrons articuler une douzaine de petits sites gérés, mis à jour de façon autonome par les intervenants individuellement, ou encore par une équipe locale ou régionale, en lien avec le site central du RQIIAC.

Carnets web & fils XML…

Avec la multiplication des sites web qu’il est intéressant de suivre, il fallait trouver un moyen d’être avisé de changements sans avoir à retourner chaque jour sur un site qui ne change qu’une fois la semaine (ou le mois) ! La technologie des lecteurs de fils de nouvelles ou agrégateurs (qu’on appelle aussi fils XML, ou encore RDF) permet justement de recevoir sur une seule page les dernières nouvelles tirées de plusieurs sites.

On trouve aujourd’hui plusieurs modèles de news readers : allant du NetNewsWire Lite, pour les aficionados de la Pomme, au NewsMonster, pour ceux qui préfèrent naviguer avec Mozilla… au « traditionel » Amphetadesk… Ou encore, pour ceux qui préfèrent une intégration de leurs ‘news’ dans Outlook, il y a NewsGator… N’ayant pas de Mac, je n’ai pas essayé le NetNewsWire, dont on dit cependant le plus grand bien. Si Amphetadesk est assez ancien et relativement connu, il m’a fait « planter » à quelques reprises sous Windows NT au bureau. À mon avis les produits les plus stables et intéressants sous Windows sont (Syndirella)[*] Sharpreader et NewsDesk.Même si ces 2 logiciels sont relativement légers à installer, il vous faudra cependant télécharger et installer les modules .Net de Windows (20 Mo). C’est gratuit, comme la plupart des lecteurs de nouvelles ici nommés… Pour une liste plus complète des agrégateurs.

Si on peut comprendre l’intérêt d’un lecteur de nouvelles quand on veut suivre ce qui se publie sur une quinzaine de sites corporatifs, ministériels, ou particuliers… cet outil devient essentiel si on imagine que 15, 25 ou même 50 intervenants communautaires pourraient bientôt avoir leur propre page web… sous la forme d’un carnet web ce que nos voisins du sud appellent weblog ou blog.

C’est facile d’ouvrir un carnet web : 5 minutes et vous avez votre page sur le Net ! Si les carnets sont surtout le fait de jeunes qui y témoignent de leurs opinions ou leurs émois, les carnets professionnels se sont développés de plus en plus, particulièrement chez les journalistes, les avocats, les libraires… sans compter les informaticiens. Même si tous les utilisateurs de ces logiciels de carnets (Blogger, Live Journal, Monblogue, Joueb) ne conviendraient sans doute pas d’une définition unique, je persiste pour ma part à définir le carnet web comme ayant un certain nombre de caractéristiques qui le distingue des journaux personnels : il s’agit d’un site où les commentaires sont disposés en ordre chronologique inverse (les plus récents en premier), où ces commentaires sont le plus souvent liés à d’autres sources, pages web. Ainsi un réseau de carnets web devient vite une source d’information et un outil de recherche très performant : grâce à un lecteur de nouvelles vous pouvez suivre le travail, la réflexion de plusieurs personnes ayant des intérêts convergents aux vôtres… qui vous alimentent autant que vous le faites pour eux. Pour une présentation plus complète, voir le texte de Sébastien Paquet.

J’ai pour ma part opté pour le logiciel Radio qui intègre à la fois un module de carnet web et un lecteur de fils de nouvelles. Il en coûte quelques dollars (39$ US) par année, mais cela comprend l’hébergement et le soutien… Cette intégration me permet d’être abonné aux productions de plusieurs carnets et sites tout en republiant certains billets sur le site du RQIIAC, d’un seul clic !

Pour ceux qui ont l’habitude de fureter sur le site du RQIIAC, vous aurez sans doute remarqué qu’on y parle de carnets depuis un certain temps… on y parle même de Carnets du RQIIAC ! C’est que nous avons installé depuis quelques mois un logiciel de gestion de carnets : Movable Type. Pour les membres du RQIIAC qui désirent expérimenter cet outil, nous pouvons vous ouvrir une page à votre nom, comme nous l’avons fait jusqu’à maintenant pour une dizaine d’intervenants. Pour en savoir plus sur les conditions d’utilisation, voir le Guide de l’utilisateur des carnets du RQIIAC, disponible en format PDF.

De nouvelles perspectives

Ces nouveaux outils permettent une participation plus large et facile des intervenants à la gestion de contenus du site web OU PLUTÖT ils conduisent à la décentralisation - dissémination du site en de nombreux sous-sites;

Les NTIC n'étant plus l'apanage de quelques technophiles, elles deviennent des outils et non des gadgets;

Parallèlement les savoirs professionnels, après des tentatives infructueuses (et coûteuses) de standardisation et d'aplatissement (alors qu'on voulait «mettre en boîte» le savoir) sont de plus en plus reconnus comme des "sommes vivantes" entre les mains (ou les oreilles ?) de «communautés de pratique».

Finalement ce ne sont pas que les savoirs professionnels qui ont changé, ce sont tous les savoirs... On parle de Société du savoir, de l’émergence des relations horizontales dans les structures organisationnelles... (voir à ce sujet l’excellent Cluetrain Manifesto [dans sa traduction française :le Manifeste des évidences]), de changements profonds dans les relations entre clientèles et producteurs; fournisseurs et acheteurs... Voir aussi Small pieces loosely joined, du même auteur (l'un d'entre eux).

§         Aujourd'hui, la charte organisationnelle est hyperliée, et non hiérarchique. Le respect pour la transmission de la connaissance est bien plus fort que celui pour une autorité abstraite.

§         Le management du style commander-et-contrôler vient de et renforce la bureaucratie, la lutte du pouvoir et une culture globale de la paranoïa.

§         La paranoïa tue le dialogue. C'est son but. Mais le manque de dialogue peut tuer une entreprise. (extrait de la version française de Cluetrain Manifesto)

 

Les inégalités sociales traversent aussi les NTIC et il faudra mener aussi sur ce terrain les luttes pour réduire la fracture digitale . Certains vont jusqu'à parler de l'émergence d'une nouvelle démocratie ou même d'une deuxième superpuissance !

Même si nous n'osons pas aller jusque là, c'est-à-dire jusqu'à considérer les NTIC comme ayant un fort potentiel révolutionnaire de transformation profonde et démocratique de la société... nous devrions saisir les enjeux du nouveau contexte :

§         les NTIC sont devenues incontournables; ne pas avoir de courriel aujourd'hui, c'est comme ne pas avoir de téléphone : on n'en meurt pas mais on ne peut pas faire un travail décent sans cela;

§         l'ordinateur n'est plus cet outil de contrôle et de réduction de la complexité (les plus vieux se rappelleront du "CP12"...) des années 70... ou plutôt s'il a encore en partie ce rôle (statistiques et comptabilités) la micro informatique et l'Internet ont permis le développement d'un pendant horizontal, décentralisé, imprévisible et incontrôlable de l'utilisation de l'informatique;

§         il ne tient qu’à nous, et je parle même à ceux et celles qui approchent de la retraite, de tirer le parti maximum de ces potentiels.

J’ai utilisé en titre une expression de Michel Cartier, cet infatigable précurseur. Ce débat étant un work in progress, je vous convie à le poursuivre sur notre site, à la page Forum (http://www.rqiiac.qc.ca/forum/) ou encore en ouvrant votre propre Carnet !

[*] Il semble que Syndirella n'aura peut-être pas une longue vie encore...

Copyright 2005 Gilles Beauchamp
Gabarit de la page par Bryan Bell

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