Derek Burney de Corel
Le retour du canadien errant
En succédant au flamboyant fondateur de Corel, Michael Cowpland, Derek Burney, le nouveau PDG de Corel, savait qu'il avait tout un défi à relever. Pour rétablir la rentabilité de la société Corel, Burney se doutait bien que le seul moyen de réussir serait de recentrer les activités de la compagnie sur ce qui en avait fait son succès par le passé: étendre les possibilités créatrices des utilisateurs de progiciels Corel en leur proposant des outils qui simplifient et accélèrent la communication des idées et des informations. Et ceci en utilisant des normes ouvertes.
Natif d'Ottawa et diplômé en sciences informatiques de l'Université Carleton, Derek Burney est un passionné dans tout ce qu'il entreprend même si, selon ceux qui le connaissent, l'homme est une force tranquille au sein de l'entreprise ontarienne Corel. Une qualité plus que nécessaire pour reconstruire une équipe à l'attitude gagnante. Car celui qui a succédé à Michael Cowpland après son départ hautement médiatisé et entaché par des accusations de délits d'initiés, était conscient que Corel devait se refaire une virginité auprès non seulement des investisseurs, mais aussi de sa clientèle et de ses propres employés.
Connaissance intime
Or, s'il est un homme qui connaît à la perfection tous les rouages de l'entreprise, il s'agit bien de Derek Burney. De simple programmeur lorsqu'il intègre la société en 1993, Derek Burney a su gravir tous les échelons de la compagnie pour en devenir un jour, sous le règne de Cowpland, responsable des orientations technologiques (C.T.O.), et aujourd'hui, à la suite du départ de son fondateur, président-directeur général.
Aujourd'hui, Corel, délaissant le Pingouin linuxien, les jeux et les applications qui ne correspondent pas à sa mission première, revient à ses anciennes amours et concentre ses forces sur le domaine des arts graphiques et de la création avec une réorganisation de son entreprise en trois entités : grand public, professionnel et corporatif.
Derek Burney, p.-d. g.
Même si le style de gestion de Burney diffère grandement de Cowpland, terminé en cela le règne des résidences kitsch et de la poupoune platine au téton en diamant, cela ne veut pas dire pour autant que le nom de Cowpland soit honni chez Corel.
«Contrairement à ce que l'on pourrait croire, de dire Burney, j'ai encore d'excellents rapports avec Michael Cowpland, et ceci même si nous ne nous voyons plus régulièrement. J'ai beaucoup appris de Michael et que je continue d'appliquer certains de ses principes dans la gestion de Corel : continuellement canaliser ses énergies sur la mission principale de l'entreprise et ne pas en dévier, s'entourer des bonnes personnes et surtout, livrer à temps les produits promis. Il n'y a rien de plus enrageant, autant pour l'entreprise que le client, que de voir un produit attendu être mis en marché avec plusieurs mois de retard.»
«Il en est de même pour nos résultats financiers. Mon but premier, lorsque j'ai repris les rênes de la compagnie, était de revenir rapidement à des trimestres rentables pour Corel, comme cela était le cas par le passé. Maintenant, nous jouons totalement à cartes ouvertes, et tout est public. Avec l'introduction de nouveaux produits, les derniers trimestres ont vu nos revenus être constamment à la hausse et nous estimons que le dernier trimestre de l'année verra une autre augmentation de 15 à 20 % de notre chiffre d'affaires. Nous ne faisons plus de promesses que nous ne pouvons atteindre et nos pronostics sont maintenant plus que réalistes.»
«Aujourd'hui, grâce à un contrôle de coûts efficace, nous pouvons compter sur une réserve de plus de cent millions de dollars.»
Pratique lorsque l'on constate que depuis deux ans, Corel pratique une politique d'acquisition d'entreprises lui permettant de couvrir tous les domaines de la chaîne de production.
Acquisitions à gogo
En effet, depuis deux années, l'offre de Corel s'enrichit de plusieurs acquisitions fascinantes. Outre les traditionnelles suites Word Perfect et Corel Draw, qui en est à sa 11e incarnation, Corel a complété son offre avec la création de Procreate, une nouvelle entité qui s'adresse particulièrement aux professionnels des arts graphiques avec des produits comme Knock Out, un des meilleurs outils de détourage d'images, Painter, une application que n'aurait sûrement pas reniée Leonardo Da Vinci ainsi que les renommés filtres et modules d'extension KPT pour Photoshop, Corel Paint et toute autre application du même type.
De même, à l'autre bout de la chaîne de production, Corel a su consolider son offre de service en mettant la main sur la société SoftQuad, éditrice de produits spécialisés comme l'éditeur HTML HotMetal ainsi que la pièce maîtresse, l'éditeur XML XMetal.
« Avec la mise à jour prochaine du logiciel d'éditique Ventura Publisher, un progiciel qui compte encore nombre d'aficionados, nous croyons avoir mis à la disposition de nos clients une suite complète de produits qui peuvent servir à concevoir, créer et publier sur quelque support que ce soit : papier, électronique ou encore sur le Web [cross-media publishing].»
D'autres sociétés comme Adobe ont aussi le même genre de philosophie, mais là ou Corel diffère des autres, c'est par sa philosophie audacieuse d'appuyer le développement de cette chaîne de création et de publication sur des normes ouvertes.
Pour des normes ouvertes
« Pourquoi un client qui utilise des produits Corel serait-il obliger de nous aimer à la vie à la mort ? Pourquoi empêcher le client de communiquer en l'enfermant dans des normes propriétaires ? Grâce aux normes ouvertes comme le HTML [hypertext markup language], l'XML [extensible markup language], ou encore le SVG [scalable vector graphics], des standards reconnus par le consortium W3C que nous supportons dans toutes nos applications, et sur lesquelles nous basons notre offre de service, nos clients peuvent créer avec nos produits des fichiers qui peuvent être lus par de nombreuses autres applications du marché. De plus, pour plusieurs de nos produits, nous nous considérons comme agnostiques. Que vous soyez Mac ou Windows, ceux-ci seront disponibles en même temps, avec en plus, les petits plus qui font qu'une application est vraiment adaptée à son système d'exploitation.»
«Toutefois, supposons que notre client décide de changer pour un produit concurrent, il pourra au moins récupérer à 100 % les fichiers produits, sans crainte de perte d'informations, ou d'impossibilité d'ouvrir le dit fichier. Nous savons que nous sommes audacieux en essayant d'imposer ces normes, mais nous croyons que dans un avenir rapproché, toutes les applications se devront d'être ouvertes. C'est cela être ouvert, le contenu doit être ouvert pour éviter d'enfermer le client dans une norme propriétaire et ainsi l'obliger à tout prix à utiliser une seule application.»
«De plus, en utilisant une norme ouverte reconnue par tous nos produits, il est facile de créer le contenu une seule fois, pour ensuite le disséminer sur plusieurs plateformes. Et c'est d'ailleurs la philosophie de notre nouvelle entité, deepwhite. Il suffit de créer une seule fois un contenu quelconque pour que celui-ci puisse être par la suite lu sans problème sur plusieurs outils différents, que ce soit sur un assistant personnel numérique [PDA], un téléphone cellulaire, sur le Web, partout quoi !»
«Une fois le contenu sur votre appareil, le prochain défi sera d'interagir avec celui-ci, de le rendre interactif et intelligent, et ce, quelle que soit sa source. Adobe, Quark, tous essaient de créer cette chaîne, mais ils leur manquent tous des éléments pour parvenir à leurs fins. Nous croyons qu'avec les outils que nous avons en main, nous sommes actuellement une des seules sociétés à pouvoir y parvenir. Notre but est d'ailleurs d'ici cinq années d'être le premier éditeur d'outils permettant de publier partout.»
La semaine prochaine, un survol de la suite Corel Draw 11, disponible en même temps sur Windows et Mac OS X.
11:58:28 AM Permalien
|
|