Travailler
plus pour gagner plus ?
A propos des heures supplémentaires
L’hameçon
est lancé et appâté : pour
augmenter son
salaire, il conviendrait de faire des heures
supplémentaires. Ces
heures, défiscalisées,
représentent-elles une véritable
solution ?
Regardons de plus près.
1. Rappel de quelques définitions
Le
salaire
est la
rémunération du travail, établie par
le contrat de travail.
Le
bas salaire
correspond à 60% du salaire médian.
Le
salaire moyen
est la
somme de tous les salaires d’un
pays, d’une branche, d’une entreprise,
divisée par le nombre de
salariés.
Le
salaire
médian
est le salaire en dessous duquel, et au dessus duquel se trouve le
même nombre de salariés.
Exemple, une
entreprise :
- 10 salariés à 500 euros
- 20 salariés à 1 000 euros
- 15 salariés à 2 000 euros
- 10 salariés à 5 000 euros
- 5 salariés à 10 000 euros
Le
salaire moyen = 2 583 euros
Le
salaire médian = 2 000 euros
Le
SMIC mensuel,
au 1er
juillet 2006, était de :
1 254 euros pour 35 heures par semaine, 151,67 heures mensuelles, dans
les entreprises de moins et plus de 20 salariés.
2. Etat des salaires en France, quelques
données
Source :
Conseil de
l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale
(CERC),
rapport n°7, « La France en transition,
1993-2005 »
A.
En France, les revenus
du travail ne représentaient plus que 53% du revenu
disponible des
ménages en 2003, contre 67% en 1978. La pression du
chômage est passée
par là.
Le chômage a agi pour creuser les
inégalités de salaires, au point que
les bas salaires (60% du salaire médian) sont
passés de 11,4% en 1983 à
16,1% en 2001.
L’accent
a été mis, et continue d’être
mis, non pas sur
la hausse des bas salaires, mais leur défiscalisation,
c’est-à-dire la
réduction des cotisations fiscales dues par
l’employeur. Jusqu’à 1,6
fois le SMIC, ces déductions interviennent avec comme
résultat :

peu
d’impact sur l’emploi, ce qui pourtant est la
justification officielle de la défiscalisation

la part des
salaires inférieurs à 1,3 le SMIC est
passée de 30% en 1990, à 39% en 2002.
Cette
défiscalisation des bas revenus fonctionne comme
un ghetto à bas revenus : elle incite les
employeurs à multiplier ces
boulots, au point que :

En 2002, la moitié des salariés, hors
salariés de
l’Etat, gagnaient moins de 2 200 euros brut par mois.

Le salaire net médian, toujours en 2002, était de
1 360 euros brut par
mois pour les hommes, et 1 054 euros brut pour les femmes.

Un tiers des salariés, en 2002, gagnaient moins que le SMIC
mensuel net (936 euros net cette année-là)

40% des
salariés gagnaient moins de 1 064 euros brut par mois
La
France, dans la moyenne européenne, est un pays à
bas salaires.
B.
Les emplois
sous-payés
viennent d’une tendance lourde, vieille de 20 ans :
au lieu de
socialiser les tâches ménagères, le
système a créé des emplois du
service marchand des « aides à la
personne ». Une partie de la
population à revenus plus élevés paie
les bas salaires d’une population
salariée à son service.
Une
autre tendance lourde, agissant sur les salaires,
consiste à ne plus indexer la
rémunération sur la productivité
globale
du travail, mais sur la productivité individuelle.
Les bas salaires sont d’abord des emplois
précaires, les salaires
dignes de ce nom sont liés à l’emploi
stable. Le CERC en tire la
conclusion, fort juste, que « l’emploi de
qualité reste donc le premier
rempart contre la pauvreté ».
C. La part des
prestations sociales dans le revenu des ménages a
diminué. Le transfert
des charges de santé, de vieillesse à la charge
du salarié est une des
causes de la misère française des salaires. La
désocialisation des
risques, le rejet de leur coût sur la part salariale,
accentue la chute
du pouvoir d’achat, qui n’est pas seulement un
sentiment, mais une
réalité concrète.
|
La
politique actuelle, sur laquelle Nicolas Sarkozy a
été élu, vise à la fois
à maintenir le ghetto des bas salaires,
attaquer le rempart anti-pauvreté qu’est le
contrat de travail à durée
indéterminée, et diminuer les prestations
sociales par augmentation de
la part fixe à la charge des salariés.
|
3.
Heures supplémentaires pour
gagner plus : un mensonge électoraliste ?
A.
Le Conseil
d’analyses
économiques, attaché au Premier ministre,
indique, à propos des heures
supplémentaires prévues par le nouveau
président, indiquait (source :
Les Echos,
29 mai 2007) les réserves suivantes, que nous
citons, et que
nous pouvons reprendre intégralement à notre
compte :
- « Une fiscalité
spécifique sur
les heures
supplémentaires, quelle que soit sa forme, aurait au mieux
un effet
incertain sur l’emploi et le revenu global, avec un risque de
coût
exorbitant pour les finances publiques qui se double d’une
complexité
accrue du système fiscal…Ce type de
fiscalité doit être évité.
Il ne
constitue pas un moyen efficace de valoriser le
travail. »
- « Un allègement des
prélèvements obligatoires sur les
heures supplémentaires accroît le pouvoir
d’achat de ceux qui
travaillent au-delà de la durée
légale. Néanmoins, en contrepartie, le
financement de l’allègement réduit les
revenus des salariés qui ne font
pas d’heures supplémentaires. »
- « Cette
mesure a un effet négatif sur
l’emploi,
puisqu’elle incite les entreprises à substituer
des heures de travail
aux hommes… »
- « Un employeur et son
salarié peuvent
conjointement
gagner à abaisser (ou ne pas augmenter) le taux de salaire
des heures
normales et à déclarer fictivement un grand
nombre d’heures
supplémentaires (ce qui est très difficilement
contrôlable), afin de
bénéficier des avantages
fiscaux. »
B.
Qui peut faire des heures
supplémentaires ? Peu de monde !
(source : Liaisons
sociales mensuel)
L’analyse
de ce journal montre que peu de monde peut avoir accès aux
heures sup’.
Pourquoi ?
L’annualisation
du temps de travail, 1 616 heures par an, a été
mise en place pour :

contourner
l’effet des 35 heures sur la création
d’emplois ;

éliminer les heures supplémentaires par la
modulation des
heures hebdomadaires en fonction de la charge de travail ;

convertir le
chômage technique en crédit d’heures,
prises sous forme de repos compensateurs
Pour
les ouvriers,
Cette
annualisation conduit les unités de production à
pratiquer tantôt des semaines à 46 heures,
tantôt à moins de 35 heures,
celles-là étant assorties de repos compensateurs.
L’accès aux heures
sup’ n’est atteint qu’après
une accumulation d’heures d’avance,
capitalisées dans un crédit horaire
alloué aux périodes de basse charge
de travail.
Pour
les cadres,
Le
forfait jour, soit 214 jours par an sans heures
supplémentaires, auquel un quart des cadres est astreint,
est une
disposition évidemment anti-heures sup’.
Les autres cadres subissent une pression visant à allonger
le travail
sans heures sup’. Ainsi s’opère une
déconnexion du temps passé à
travailler avec le temps rémunéré.
Pour
les employés,
La
population la plus réactive aux heures
supplémentaires est celle qui connaît dans le
cadre légal du temps de
travail la plus importante intensification du travail fourni. Le temps
de travail subi dévalorise le salaire réel.
Pour
les salariés ayant plusieurs employeurs,
Ils
représentent un contingent de travailleurs peu
qualifiés, de femmes précaires, qui ne disposent
pas de contrats dotés
d’une durée légale, puisque chaque
emploi est en pénurie d’heures.
Pour
les employeurs,
ils
ont établi, à 90% d’entre eux, des
dispositifs de RTT, très souvent
fort commodes pour intensifier le travail moyennant un temps
récupéré,
avantage pour eux car il implique une pression à la baisse
sur les
salaires par augmentation de la production individuelle pendant les
heures travaillées.
Ce
sont eux, qui, en dernière instance, décideront
de répartir
d’éventuelles heures sup’ au
gré de leurs intérêts :
diviser les
salariés, dévier les revendications salariales
vers la hausse du temps
de travail.
Les
employeurs ne discuteraient plus des augmentations de salaires, mais de
l’accès individuel à ces heures
sup’.
4. Nos propositions et revendications
La
meilleure manière de revaloriser la
« valeur travail »
est d’augmenter la rémunération du
travail !
Droit
à un salaire
- le
salaire doit être la juste rémunération
de la
force de travail, garantissant les moyens nécessaires
à l’existence de
chaque salarié, en dehors de tout autre
élément de rémunération
- le
salaire doit être égal entre hommes et femmes
- garantir le pouvoir d’achat des
salariés, actifs,
privés d’emploi et retraités est une
étape incontournable pour que le
salaire réponse réellement aux besoins
- en
Europe, afin d’éviter la mise en concurrence des
salariés et le dumping social, la prise en compte de la
hausse réelle
des prix et de la productivité globale doit être
intégrée au calcul de
la rémunération minimum.
- Droit à un
salaire différé, qui contribue à la
socialisation
des risques de santé, vieillesse, chômage, etc.
Salaire
minimum
- 1
500 euros brut pour 151,67 par mois
- Ce
salaire est le point de départ pour toutes les grilles de
salaires
- Ce
salaire exprime
l’exigence de l’égalité entre
femmes et
hommes, entre actifs et retraités, privés
d’emplois
et jeunes…
- Le
principe de ce salaire minimum doit être étendu
à toute l’Union européenne
Salaire
et qualification
- La
qualification de la
salariée ou du salarié doit être
reconnue et
rémunéré comme telle
- Cette qualification est acquise par le
diplôme,
l’expérience, la formation continue
| Cela
signifie que la FILPAC CGT se bat pour organiser
autour d’elle une opinion majoritaire, fondée sur
la consolidation de
la notion de salaire, sur le principe de solidarité
opposé aux
manœuvres de division, sur l’idée
fondamentale que l’action collective
est supérieure aux aventures individuelles en
matière de rémunération. |
Montreuil, le 31 mai 2007