Bercy, jeudi 15
novembre 2007 : déclaration de Michel Muller
devant l’immeuble du "ministère Lagarde",
où se tenait le colloque patronat/gouvernement
sur l’avenir de l’imprimé.
Chers camarades,
Merci
d’être là en cette situation si
particulière, marquée par les grèves
RATP, EDF, GDF, SNCF… De plus en plus de salariés
expriment leur
mécontentement et exigent de voir leurs problèmes
traités par le haut
et non pas par un nivellement des acquis sociaux. Et c’est
une première
: pour la première fois, nous nous mobilisons autour
d’objectifs
concernant le numérique.
Même si cela nuit à la dimension
nationale que nous voulions donner à notre rassemblement,
nous
exprimons toute notre solidarité aux salariés qui
luttent pour les
régimes de retraites car c’est le
système tout entier qui est visé.
Merci
d’être là, car vous avez bien compris
que c’est de vous, de nos
emplois, de nos acquis sociaux que ceux de Bercy, patrons et
gouvernement, vont parler en catinimi…
Nous exigeons la transparence et nous sommes
là pour que la vérité apparaisse.
Ce
rassemblement, nous l’avons organisé pour que les
pouvoirs publics
comme les patrons comprennent définitivement une chose : il
n’y aura
pas d’avenir des entreprises de communication et
d’information sans les
salariés et leurs représentants syndicaux. On ne
peut prétendre parler
d’avenir si on exclut a priori les questions sociales. Or les
organisateurs du présent colloque ont sciemment exclu les
organisations
syndicales, des travaux préparatoires. Cette exclusion
constitue pour
la Filpac un flagrant délit des intentions
réelles de certains
employeurs.
Voilà des années que ces
employeurs et les pouvoirs
publics s’acharnent à rendre l’emploi
des salariés de l’information, de
la communication et du papier responsable des problèmes
rencontrés. De
plans sociaux en destruction de postes de travail, de
précarité en
restructurations, qu’avez-vous fait, messieurs les
employeurs, sinon
justifier vos errements stratégiques ? Et maintenant, vous
voudriez
vous réunir en rond, au chaud, ici, à Bercy, pour
continuer comme de
rien n’était ? Et ajouter, par-dessus le
marché, une stratégie qui
établirait, par postulat, la vérité
libérale première : « le futur de
l’imprimé et du numérique passe par le
rejet de tout contrat social ».
Le
numérique n’est pas le fléau que vous
voulez présenter : il peut être
au contraire facteur de progrès, de diffusion des
connaissances et de
l’information, et bien sûr
d’évolution professionnelle. Le
numérique
peut être un vecteur de développement de
l’information, d’interactivité
sans précédent avec, notamment, un nouveau
lectorat, qui considère
Internet comme un espace de liberté, et
singulièrement de liberté
d’expression.
Non à la
confiscation du numérique
Nous
nous opposons à une confiscation du numérique,
réduit à un rôle
subalterne au service de groupes dominant la nouvelle
planète de
l’information et de la communication. Le numérique
ne doit pas être le
cheval de Troie du libéralisme. Le numérique peut
être une formidable
opportunité pour promouvoir à un niveau jamais
atteint les échanges
culturels, la diffusion d’informations, les débats
citoyens. Il peut
contribuer à secouer les vieilles dynasties de
l’information, et vous
voudriez le réduire à une arme absolue contre
toute relation sociale
civilisée ?
La Filpac, son histoire, ses syndicats, les
salariés
qui lui font confiance, sont une conscience historique,
organisée, de
l’information et de la communication. Nous avons connu
d’autres
révolutions technologiques, et nous sommes toujours
présents, résolus
et déterminés à le prouver tous les
jours. Il en sera de même pour la
révolution numérique en cours. C’est
forts de cette expérience unique
que nous disons haut et fort : l’option
stratégique du tout numérique,
opérée par le groupe Lagardère, est
une erreur, pire, une
faute lourde.
Il y a place et pour le papier imprimé et pour le
numérique, à la
double condition que chaque média développe son
rôle particulier et
spécifique, et que la complémentarité
entre ces deux soit la référence.
Qui détient la vérité future, le
modèle économique traditionnel ou le
modèle économique reposant ce qu’on
nomme à tort la gratuité ? Il n’y
aura pas de modèle économique sans
modèle social, voilà ce que nous
sommes venus dire ici, et faites-nous confiance : vous nous retrouverez
à chacune de vos rencontres dans les semaines et les mois
à venir !
Ce
qui est déterminant pour les salariés,
adhérents et militants de la
Filpac, c’est que la technique mise en œuvre doit
être utilisée au
service de l’information, de la communication, et non
l’inverse. Les
salariés de l’information et de la communication,
du papier et de la
publicité ne sont pas là pour remplir les tuyaux
informatiques au
service de leurs heureux propriétaires. Sinon, les
maîtres des tuyaux
seront les maîtres de l’information, et le langage
informatique prendra
le pas sur la langue librement choisie de l’information. Que
l’on
choisisse le média papier imprimé ou le
média numérique, la question
est la même : c’est l’intention
éditoriale qui doit rester maître
d’œuvre. Le numérique doit
être l’assistant de l’intelligence
humaine,
et non l’argument libéral pour achever la
marchandisation de
l’information et de la communication.
Des centaines
d’emplois menacés aux NMPP :
la Filpac refuse le plan Pfimlin
De
ce point de vue, la stratégie Lagardère
concernant l’imprimé continue
de faire des dégâts, avec une
désinvolture insupportable. Parce que ce
groupe dominant choisit le tout numérique, alors il
s’en prend au
système de distribution de l’imprimé,
journaux et périodiques.
Avant-hier a été annoncé un plan aux
NMPP. Des centaines d’emplois sont
menacés, et pas seulement à Stains ou
à Combs-la-Ville, mais également
dans les ARM et parmi les personnels des dépôts de
presse. Au nom du
dogme libéral selon lequel il faut en finir avec ce qui a
été édifié à
la Libération, au nom du marché, les
opérateurs NMPP se replient sur le
réseau numérique et font un grand pas en avant
vers la liquidation de
fait de la loi Bichet, la caractéristique
coopérative de la
distribution en la contournant tout simplement.
Il y a là une
attaque de fond contre la presse imprimée, et le
système de péréquation
des coûts de distribution, qui sont une garantie du
pluralisme, inscrit
dans la constitution de la République. L’emploi
est en jeu, la Filpac
doit réagir : tout en respectant les
décisions des organisations
syndicales fédérées, elle se propose
de réunir, de
toute urgence, son secteur fédéral Distribution
pour établir, avec l’ensemble des
équipes syndicales concernées, les
mesures à prendre pour traiter à la hauteur qui
se doit le plan qui
frappe la distribution en plein cœur. La
fédération s’adresse au conseil
supérieur des Messageries pour qu’il
siège immédiatement, car le niveau
de restructuration des NMPP est tel que cette instance est directement
concernée et doit se prononcer.
Notre
congrès qui vient s’achever a
été très clair : les
salariés de la
Distribution exigent le maintien du système de
péréquation des coûts de
distribution, garant du pluralisme de l’information
imprimée. Ils
exigent des négociations portant sur l’avenir de
cette distribution et
des emplois qu’elle comporte. Avec les salariés du
Niveau 2, les
syndicats exigent :
l’ouverture immédiate de
négociations
avec les donneurs d’ordres, les organisations syndicales des
salariés,
les employeurs et les organisations patronales pour élaborer
une
nouvelle convention collective garantissant un statut social comprenant
notamment, la reconnaissance de la pénibilité et
donc un droit à la
retraite anticipée pour les personnels concernés,
l’accès aux caisses
sociales professionnelles, le droit à la formation, une
sécurité
sociale professionnelle. Les syndicats exigent de plus que leur
fédération soit partie prenante comme
interlocuteur syndical dans tous
les projets de restructurations afin que dans toute fusion la question
sociale soit primordiale et donc prioritaire.
Voilà ce que notre congrès a
décidé, voilà ce que nous allons
mettre en œuvre.
La
FILPAC CGT, à l’occasion de ce colloque des 15 et
16 novembre, déclare
qu’elle milite pour des assises nationales du papier
imprimé et du
numérique. Opposée à toute
méthode du passage en force, la FILPAC CGT
revendique de vraies assises nationales ouvertes à tous les
acteurs,
industries graphiques, papetières, éditeurs,
donneurs d’ordre,
professionnels des techniques numériques, publicitaires,
professionnels
de la distribution (dont la logistique de distribution de
l’écrit)
syndicalistes, institutions représentatives du personnel,
pouvoirs
publics… De telles assises nationales fourniront le cadre
ouvert,
transparent, démocratique aux nécessaires
échanges sociaux, cadre qui
fait défaut de manière flagrante
aujourd’hui.
Que de sujets lourds
doivent être traités…
- Concentrations
nouvelles ? Quebecor et Roto Smeets se marient. Qui a
racheté l’autre ?
Nous avons combattu Quebecor dans sa volonté de tuer des
entreprises et
des emplois, il récidive en créant, avec des
capitaux néerlandais un
groupe européen à vocation
hégémonique, sans se soucier le moins du
monde des conséquences sur l’emploi.
C’est inacceptable. Le 3 décembre,
à Lima, se tiendra, organisée par
l’UNI, une coordination Quebecor
mondiale, qui contribuera à organiser la riposte
nécessaire.
- Convention
collective du Labeur ? Les discussions s’enlisent, tournent
en rond
dans les commissions techniques… Nous voulons mener campagne
pour que
ces négociations deviennent réalité.
Sans quoi, ces réunions
apparaîtront comme autant de diversions servant un plan de
restructuration qui se met en place ailleurs, à
l’abri des regards des
salariés et des organisations syndicales.
- Concentration
de la Presse ? La Filpac appuie les camarades de la Tribune et Les
Echos. La Filpac estime que la lutte est exemplaire des
problèmes de la
presse : des capitaux s’investissent, émanant de
groupes qui regardent
le respect de la liberté éditoriale et le
pluralisme de la presse comme
de charmantes valeurs désuètes, qui ne les
concernent en aucune façon.
- Presse
nationale encore ? Demain se tient une réunion importante
pour l’avenir
de l’impression décentralisée.
Là aussi la question de l’emploi, du
statut et de l’avenir de la presse est posée de
manière concomitante.
Le système d’impression doit rester
mutualisé, nos interlocuteurs sont
avant tout les éditeurs. S’ils se
désengagent, les éditeurs se tirent
une balle dans le pied !
- Presse quotidenne régionale ?
Ouest France, Ebra, Hersant, Centre France, 4 des rares groupes de la
PQR qui contrôlent la presse régionale.
D’énormes enjeux sont au cœur
des négociations dans ces groupes. Mesurons le danger.
Entreprise par
entreprise, il faut négocier, comme à
l’échelle des groupes. Mais la
branche là-dedans ? Le risque est grand de voir
s’affaiblir les
conventions collectives et donc la défense collective des
travailleurs
de toute la branche. Exigeons une réunion avec le SPQR pour
discuter de
la couverture conventionnelle de l’ensemble des emplois et
métiers qui
font la presse support papier et écrit.
D’autres
mobilisations sont à avenir, à commencer par
l’une des questions les
plus brûlantes du moment celle des salaires : comment
négocier
désormais sur la base d’un indice INSEE
discrédité ? Comment ne pas
formuler des revendications salariales en regard d’un taux
d’inflation,
qui, réellement mesuré, dépasse de
très loin les quelques pourcentages
envisagés pour l’année en cours ?
Voilà notre menu syndical, et il
n’est pas exhaustif. Alors, comme nous le disons si bien, mes
camarades, ce n’est qu’un début, continuons le combat !
Michel
Muller, le 15 novembre 2007