SALAIRES
Sortir nos salaires
de l’impasse
Leur
petit jeu est bien
réglé.Villepin renvoie le problème des
salaires aux entreprises
qui,selon ses propos, devraient «se rendre compte
qu’un certain nombre
de ménages sont en difficulté..»
LES DIRECTIONS D’ENTREPRISE
NOUS RÉPONDENT, SUR LA QUESTION DES SALAIRES,
qu’elles ne sont pas en charge de
l’économie nationale, qu’elles ne
peuvent envisager la question que sous l’angle de leurs
résultats comptables, etc.
Bref, Villepin et les employeurs se renvoient la patate chaude, et nous
n’aurions qu’à attendre des lendemains
qui chantent...
Pendant ce temps, le chômage, la peur de perdre son emploi,
la précarité comme
insécurité sociale permanente font pression
chaque jour davantage sur nos salaires. Nous serions
privilégiés d’en avoir un, à
écouter ces messieurs. Même les entreprises qui
marchent bien profitent du spectre du
chômage pour comprimer les salaires.
Il faut sortir de cette impasse.
Nos salaires ne sont pas une récompense au
mérite, mais le prix de
notre qualification selon les tarifs du marché. Le
pouvoir d’achat
toujours sacrifié, ça suffit ! Tous les aspects
du pouvoir d’achat
reposent sur un transfert des richesses vers les plus riches.
L’essence ?
Faire le plein est en train de devenir un luxe. Les grands
pétroliers, eux, engrangent des
bénéfices records. Total, l’un des 5
plus grands, a vu ses bénéfices augmenter de 50%
au cours du premier
semestre 2005. L’Etat, lui, maintient une pression fiscale
sur le litre
de carburant à hauteur des 2/3 du prix. Ils
s’entendent comme larrons
en foire. Villepin trinque avec Thierry Desmaret, le PDG de Total, en
l’honneur de l’inflation du prix du
pétrole.
Le
logement ?
Inaccessible, tout simplement. Depuis 1998, selon les statistiques
officielles, le prix d’achat de logements anciens a
augmenté de 70 à
90% dans tout le pays. L’indice officiel des loyers a
progressé de
112% dans la même période. Les ménages
s’endettent, ceux qui ne sont
pas propriétaires ont peu de chance
d’accéder à la
propriété avant
longtemps. La pénurie de l’immobilier fait flamber
les prix, pour la
plus grande fortune de quelques opérateurs qui
spéculent sur la pierre comme hier ils jouaient en Bourse.
L’action gouvernementale en la matière ? Aux
abonnés absents.
L’impôt
?
L’impôt sur le revenu, selon la
déclaration des Droits de l’homme et du citoyen,
est défini comme progressif. Villepin vient d’y
mettre bon ordre libéral. Sous couvert de
«réforme», il plafonne au plus bas
l’impôt sur la fortune, afin d’en
soulager les 20 000 propriétaires les plus riches, dans la
perspective de supprimer cet ISF qui, paraît-il fait fuir les
gros bonnets vers la Suisse à la fiscalité plus
accueillante. Et en plus Dominique Marie François
René Galouzeau de Villepin se moque de nous. Pour lui, les
«couches moyennes» correspondraient à
des salaires compris entre 1000 et 3500 euros ! Elles ont bon dos et un
plancher bien bas, ces moyennes couches qui, vérification
faite avec une calculette, ne profiteront de rien du tout.
La
santé ?
D’obscures groupes d’experts décident
soudain que quelques centaines de médicaments doivent
arrêtés d’être
remboursés, parce que, affirment ces supers techniciens, ces
spécialités pharmaceutiques ne seraient que des
bonbons à la menthe ! Malheur à vous si vous en
prenez depuis des lustres. En fait, ils vident la branche maladie de
charges, pendant que les laboratoires pharmaceutiques
réalisent des profits à peine avouables,
notamment avec les
«génériques».
Quant aux plus grosses sociétés cotées
au CAC 40, elles prennent mille précautions pour ne pas
afficher leurs résultats mirobolants. En plus, elles ont
accumulé tellement de capitaux qu’elles ne veulent
pas investir dans le climat de stagnation économique.
Un exemple ? Arnaud Lagardère !
L’une des premières fortunes de France (merci papa
Jean-Luc) domine l’édition, les magazines, la
distribution, les missiles et autres babioles de haute technologie
militaire (EADS, dont Airbus). A grand renfort de pages
achetées dans toute la presse, Lagardère affiche
39% de hausse des bénéfices. Un chiffre
d’affaires de 6,1 milliards d’euros. Son seul
souci, c’est de savoir quelles chaînes de
télé, voire quel titre de presse acheter. Chacun
ses petits soucis, hein ?
Les comptes de Quebecor, dans l’imprimerie, de Arjo Wiggins
ou International Paper dans le papier,
révéleraient quelques cagnottes de belle ampleur.
Revendiquer une
hausse des salaires,
c’est juste, indispensable et urgent !
Devant le gouffre de ces inégalités, face
à cette fracture sociale organisée
très consciemment, il est légitime de chiffrer
nos pertes de pouvoir d’achat, d’évaluer
le recul de nos salaires et d’en déduire une
revendication. Rassembler toutes et tous autour d’un objectif
commun relève de l’hygène salariale
élémentaire et représente
l’une des tâches les plus urgentes pour la FILPAC
CGT.
Combien
?
Il est de salubrité sociale de déterminer une
somme à revendiquer qui représente le montant des
pertes depuis la mise en place de l’euro. L’indice
INSEE, devenu plus fantaisiste que jamais, ne prend pas en compte la
hausse réelle des prix, et les salaires, même
s’ils ont été affectés
d’un pourcentage supplémentaire correspondant
à la hausse selon l’INSEE, ont
régressé.
D’où l’idée
d’avancer une somme à titre conservatoire, comme
100 euros tout de suite, intégrés au salaire, ou
5% immédiatement de progression. Cela correspond
à l’urgence sociale, mais le compte n’y
est pas.
Ensuite, examiner la correspondance entre qualifications
réelles, classifications et salaires représente
un exercice des plus utiles. Car non seulement une
déconnexion s’est opérée
entre prix et salaires, mais également
l’individualisation des primes,
l’intéressement participation ont
brouillé les repères de la juste
rémunération des qualifications.
La FILPAC CGT n’avance pas une démarche
d’un jour, mais de moyen terme, de façon que les
directions d’entreprise soient contraintes de prendre en
compte les besoins réels des salariés.
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La Filpac Cgt revendique:
- une augmentation immédiate de
l’ordre
de 100 euros intégrée au salaire mensuel
;
- une négociation par
branches pour actualiser les qualifications et leurs
rémunérations;
- une progression des salaires basée sur
l’augmentation réelle des
prix;
- avec
toute la Cgt, un salaire minimum d’un montant de 1400 euros
par mois.
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EMPLOI
Donner à l’emploi
un
statut social prioritaire
Notre
société est devenue celle de la peur du
chômage, de l’insécurité
sociale et de la précarité. Pourtant la loi de la
République estime que
l’emploi n’est pas une aventure individuelle, une
loterie personnelle,
mais une affaire de toute la société.
C’est la lettre et l’esprit de la Constitution,
dans son préambule de 1946, toujours en vigueur.
«Chacun
a le devoir de travailler et
le droit d’obtenir un emploi. »
Ce n’est pas cette loi-là qui s’applique
tous les jours, mais une pratique qui s’érige
au-dessus des lois. Les patrons licencient, voilà
l’état de fait. Et c’est toujours
l’heure de licencier. C’est l’emploi qui
trinque de toutes les manières, que l’entreprise
aille bien ou mal, qu’elle délocalise, fusionne,
se restructure, que les actionnaires veuillent plus de dividendes...
Quelle responsabilité légale a le patron qui
licencie devant la société, fondée sur
une démocratie constitutionnelle qui donne au droit
à l’emploi une force légale ? Aucune...
Dassault veut-il vendre ses titres de presse quotidienne
régionale à peine achetés? Il le fera
quelles que soient les conséquences sur les
salariés qui ont œuvré pendant de
longues années aux titres mis en péril.
Hewlett Packard préfère-t-il gagner de
l’argent avec des salaires d’ingénieurs
en Inde moins payés que les créateurs de Grenoble
? Rien ne l’empêche de
«délocaliser»,
c’est-à-dire obtenir la même production
à moindre coût.
Sarkozy place sa société Tissages de Picardie en
cessation de paiement, déclarant qu’il y a trop
d’ouvriers mais que dans son cas la délocalisation
est trop chère. Lui, président de la patronale
Union des industries textiles d’un Medef dans lequel il
était hier encore candidat à la
présidence, quelles contraintes légales
rencontre-t-il ?
Faisons de
l’emploi une responsabilité
sociale de l’employeur
Nous, salariés, n’avons qu’un revenu,
celui de notre travail. Le perdre signifie être
déclassé durablement, voire basculer dans la
pauvreté après des périodes
insupportables de surendettement de recherche vaine de travail.
Le gouvernement exige : que les chômeurs acceptent
n’importe quel travail, ou alors ils perdront leurs
allocations. Il s’agit pour Villepin de purger les listes et
aussi de faire baisser l’échine aux sans emploi.
Mais pourquoi pas une obligation aux entrepreneurs de fournir du
travail ? Tels sont les termes de la constitution, devoir de
travailler, oui, mais droit à l’emploi
en même temps !
Eh bien, la FILPAC CGT propose de retrouver
le chemin de la démocratie en considérant que
l’emploi relève du domaine de la
responsabilité sociale de ceux qui ont le pouvoir
d’en proposer. De la même façon que les
accidents du travail relèvent automatiquement de la
responsabilité de l’employeur, nous voulons
établir un système de responsabilité
de l’employeur face à l’emploi, donc en
finir avec l’impunité, et
l’immunité sociales dont il
bénéficie.
L’emploi
doit devenir une
obligation sociale
Malgré les reculs et les brèches ouvertes, la
maladie, la vieillesse ont toujours statut de risque social, il y a une
sécurité sociale pour ça.
Dans les décisions stratégiques prises au
cœur d’une direction qui ne rend compte
qu’à ses propriétaires, la FILPAC CGT
propose d’introduire une obligation sociale,
légale, de protéger et promouvoir
l’emploi.
L’opinion tolère mal que l’industrie ne
respecte pas l’environnement. La pollution est
condamnée sans appel. Mais la pollution sociale ? Qui pollue
paie les dégâts, c’est entendu
(même si cela reste à appliquer
complètement). Eh bien, qui prétend faire peu de
cas de l’emploi dans ses décisions doit
être considéré comme un pollueur
social, fauteur de chômage, donc être passible de
contraintes légales l’empêchant de
détruire le travail humain.
Le travail salarié doit conquérir un statut
social de haut niveau, garanti par la communauté nationale
et l’Union européenne, de telle manière
que le XXIe siècle sorte de la barbarie
économique inhumaine du chômage et de la
précarité.
Perdre son emploi ne doit pas signifier descendre,
culpabilisé et isolé, au bas de
l’échelle sociale.
Un système de sécurité sociale
professionnelle doit être établi sur un socle
national légal par branche, de telle manière que
l’employeur ne puisse pas s’appuyer sur
l’effort national pour payer les dégâts
de ses licenciements.
Une
entreprise de longue haleine,
forcément unitaire
La conquête de ce statut du travail salarié est
bien à envisager comme une entreprise de longue haleine qui
doit marquer le début de ce siècle.
C’est que la résignation devient
intolérable.
Comment deviendrons-nous admettre que les plus jeunes, de toute
façon, connaîtraient un statut social en
régression, comme s’ils étaient
voués à la précarité par
nature ?
Comment déplorer la montée de
l’individualisme d’un côté, et
ne pas voir de l’autre que cet individualisme n’est
que le produit de la peur sociale et de l’isolement face
à l’entrée sur le marché du
travail ?
Avant, les idéologues au pouvoir nous disaient que les gains
de productivité d’aujourd’hui feraient
les profits de demain et les emplois
d’après-demain. Nous sommes
après-demain, les profits sont là au
détriment de l’emploi. Maintenant, ils
prétendent que le bonheur se trouve dans la solitude, dans
la confrontation isolée face au contrat de travail et que
seul le candidat au travail doit prendre les risques de la
précarité.
Non seulement ils bâtissent un monde qui ignore la loi mais
ils dressent un monument à
l’égoïsme.
Nous ne croyons qu’à la solidarité,
l’effort collectif et unitaire. Ce qui est
périmé ce n’est pas le
modèle social français, c’est le
pouvoir monarchique des décideurs de priver la
majorité d’emplois et d’avenir. Le
statut du travail salarié est une solution collective, qui,
basée sur la lettre et l’esprit de la
république, s’oppose à
l’individualisme libéral imposé par la
contrainte économique.
Ensemble, débattons de cette perspective, donnons-lui un
contenu précis selon nos branches, et renforçons
l’action syndicale pour l’obtenir.
6:14:38 PM
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