Aux organisations Cgt
Montreuil, le 24 mars 2006
Monsieur De Villepin reste sourd !
Depuis deux mois, les lycées, les universités,
les entreprises et les rues exigent le retrait du CPE. Les
manifestations d’étudiants, de lycéens
et de salariés s’amplifient.
C’est alors que le Premier ministre se dit "ouvert au
dialogue sans a priori".
Il reçoit enfin les 5 premiers responsables des
confédérations, ensemble, comme ils l'ont
demandé. Mais le Président de la
République déclare une heure avant la
réunion qu’il n’y a pas
d’alternative à «
l’application de la loi sur le CPE ».
L’annonce d’une ouverture par le Premier ministre
se révèle totalement factice.
Il a dit "vouloir rapidement sortir de cette situation de crise" mais
c'est pour aussitôt ajouter qu'il "ne peut pas retirer le
texte de loi soumis au conseil constitutionnel. Il faut respecter les
Institutions et le Parlement."
Certes, il paraît reconnaître qu’il ne
pourra pas mettre en place le CPE en l’état. Mais
il s’arc-boute dans son refus d’entendre les
revendications, au risque d’aggraver les tensions sociales
Il dit "vouloir utiliser les quelques semaines avant la promulgation de
la loi pour discuter d'aménagements possibles", ce qu'ont
unanimement refusé les 5
confédérations. Elles ont maintenu l'exigence du
retrait du CPE en préalable à toutes discussions
sur les autres sujets.
La seule concession de Dominique de Villepin est de rencontrer les
organisations étudiantes et lycéennes pour le
lendemain. Il a refusé de les recevoir dans
l’après midi pour ne pas gêner son
rendez-vous avec le Medef.
Par contre, le Premier ministre ne donne aucune suite à
notre proposition de rencontre avec l'intersyndicale des 12
organisations de lycéens, étudiants et
salariés qui impulsent la mobilisation depuis le 24 janvier.
(voir communiqué de l'intersyndicale du 24 mars midi).
La rencontre a duré moins d'une heure. A la sortie, les 5
confédérations ont renouvelé leur
appel à réussir les grèves et
manifestations du 28 mars.
Il est clair que le niveau de mobilisation, l’amplification
de la démarche unitaire, l’importance des
arrêts de travail seront décisifs pour obtenir le
retrait du CPE.
Seul ce retrait peut permettre de sortir de la crise actuelle et
d’ouvrir toutes les négociations indispensables
pour faire reculer la précarité et permettre
l’accès des jeunes à de
véritables emplois.
INTERVENTION
DEVANT LE PREMIER MINISTRE
DE BERNARD THIBAULT – SECRETAIRE GENERAL DE LA CGT
Nous nous
rencontrons dans le contexte d’un conflit social
d’une intensité que notre pays n’a pas
connue depuis bien longtemps.
Le Gouvernement est à l’origine de
cette crise, c’est lui qui détient la clef pour en
sortir.
Depuis votre arrivée, non seulement vous
n’avez pas voulu entendre les analyses des organisations
syndicales mais vous avez multiplié les décisions
unilatérales qui ont eu pour effet
d’accroître
l’insécurité sociale qui mine la
société française depuis plusieurs
années.
Vous avez pourtant eu des signaux ces derniers mois.
Plus d’un million de personnes
défilaient déjà dans les rues le 4
octobre après votre décision
d’instaurer le CNE par ordonnance durant
l’été.
En novembre, le pays est placé en Etat
d’urgence pour faire face aux tensions dans les quartiers,
victimes plus qu’ailleurs du chômage et de
l’exclusion.
Dans ce contexte, votre Contrat Première Embauche
est le contrat de trop.
Chaque semaine qui s’est
écoulée depuis le 16 janvier n’a fait
qu’amplifier les désaccords non seulement sur
votre méthode de gouvernent mais également sur le
caractère injuste et inefficace de ce nouveau coup
porté au droit des salariés et futurs
salariés !
L’intransigeance qui a marqué le
discours gouvernemental ces derniers jours encore, n’a fait
qu’accroître les tensions au point de multiplier la
situation où la sécurité des biens et
des personnes peut être menacée.
Rien, pas même la compétition
politique, ne justifie de laisser le pays dans cet état.
Le dénouement de la crise actuelle passe par
l’écoute des 12 organisations syndicales
engagées dans la mobilisation – et cela
dès aujourd’hui. C’est la demande qui
vous est parvenue ce matin. Votre agenda peut être facilement
adapté en conséquence.
Il y a urgence à ce que vous annonciez
qu’après avoir écouté, vous
avez compris.
Vous avez compris le message des salariés, vous
avez compris l’inquiétude des jeunes
qu’ils soient étudiants, lycéens ou en
échec scolaire.
Vous avez compris que cette crise est inextricable si vous
ne décidiez pas d’avoir la seule attitude
raisonnable et attendue, vous le savez, par une majorité de
la population.
Vous avez compris tout cela et parce que vous êtes
le Premier Ministre, vous en tirez la conclusion qui
s’impose.
Le CPE ne sera pas mis en application.
A ce moment-là, et parallèlement,
d’autres chantiers de négociation peuvent
s’ouvrir qu’il s’agisse :
- du CNE,
- de l’emploi et de l’emploi
des jeunes en particulier,
- de la précarité
qu’il faut faire reculer par des négociations
impliquant les pouvoirs publics et le patronat.
C’est
naturellement moins le principe des réformes qui est en
cause que le contenu de celles-ci.
Toutes les organisations syndicales de salariés,
d’étudiants et de lycéens ont des
propositions, chacune dans son domaine.
Il faut créer les conditions pour
qu’elles soient examinées sérieusement,
une fois débarrassées du CPE.
Montreuil, le
24 mars 2006
4:52:11 PM
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