Le
CPE, c’est fini. Le retrait du CPE est une victoire.
Une victoire de la mobilisation unitaire. Une victoire du rassemblement
majoritaire des salariés, des étudiants et des
lycéens. Une victoire face au projet libéral du
pouvoir et du Medef.
Mais nous n’en avons pas pour autant fini avec la
précarité. Le CNE (contrat nouvelle
embauche), le frère aîné du CPE, est
toujours là. Avec toute la « loi sur
l’égalité des chances », qui
consacre le contraire, c’est-à-dire
l’inégalité entre les travailleurs, la
concurrence entre les salariés.
Depuis trente ans, des tas de mesures soi-disant
« en faveur de l’emploi des jeunes » ont
été proposées ou mises en
œuvre par les gouvernements successifs, parmi lesquelles le
pacte national pour l’emploi de Barre en 1977, les TUC de
Fabius en 1984, le CES de Rocard en 1989, le CIP de Balladur en 1993
retiré sous la pression des manifestations, les
emplois-jeunes de Jospin en 1997, le contrat jeune en entreprise de
Raffarin en 2002.
Toutes ces mesures ont en commun l’accroissement de
la précarité, la dévalorisation du
travail (salaire souvent inférieur au Smic, non-respect des
qualifications, des conventions collectives et du Code du travail) et
des cadeaux au capital (exonérations de cotisations sociales
et « aides publiques » à
l’emploi, des milliards d’euros qui
manquent aux services publics et qui sont autant de fonctionnaires en
moins).
La
précarité n’est pas une
fatalité due à la
mondialisation, c’est une volonté politique, une
stratégie de domination fondée sur
l’institution d’un état
généralisé et permanent
d’insécurité visant à
contraindre les travailleurs à la soumission, à
l’acceptation de l’exploitation. Ils
s’agit pour les stratèges libéraux
d’aller jusqu’à nier le
chômage en estompant la frontière entre
sans-travail et salarié par la facilité
immédiate de passer de l’un à
l’autre.
Mais, face à la précarité,
des solutions existent. Imposer enfin aujourd’hui la
« sécurité sociale professionnelle
» : dans le cas des licenciements pour motif
économique, les employeurs, solidairement responsables au
sein d’une branche professionnelle ou même
d’un territoire, devraient être assujettis
à maintenir les rémunérations et
à proposer des solutions (nouvel emploi, congé de
conversion, reclassement, formation professionnelle…).
Dans les métiers du Livre, la pratique syndicale et
sociale de la permanence et des bureaux de placement, contre la
précarité, répond à cette
logique profonde : assurer, collectivement et paritairement, la
continuité de l’emploi, ou du moins des
rémunérations, sous protection d’un
statut et d’une forte discipline de solidarité.
Faire respecter les accords issus de l’accord-cadre
professionnel et social du 30 novembre 2004 et notamment
l’accord sur les remplaçants est un premier pas.